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Un centre de rétention qu’es aquo ?
Un centre de rétention est un lieu où sont enfermées des personnes étrangères sans papiers ou sans possession de leur papier au moment d’un contrôle de police.
Ces centres sont gérés nationalement et les étrangers arrêtés sont envoyés dans les centres où il y a de « la place », parfois loin de leur lieu de vie.
Une fois dans le centre de rétention, l’administration tente de mettre en œuvre des procédures d’expulsion dans les pays d’origine de ces personnes.
Nicolas Sarkozy, alors ministère de l’intérieur, a donc décidé de l’extension de la capacité de rétention et de la construction de nouveaux centres un peu partout sur le sol français.
Comble de l’horreur : le décret du 30 mai 2005 a consacré l’existence de centres autorisés à recevoir des familles donc des enfants au mépris de la convention internationale des droits de l’enfant : pour nous, les enfants n’ont rien à faire en rétention.
Alors que les centres de rétention étaient assez marginaux auparavant, ils sont devenus les instruments de la gestion de l’immigration, d’une politique d’empêchement systématique de circulation des personnes venues en France alors qu’elles fuyaient la misère, la guerre ou qu’elles étaient venues vivre près de leur famille.
Ces camps, car on peut les appeler ainsi, permettent de placer massivement les personnes dont les Etats ne veulent plus et surtout permettre à ceux-ci d’afficher leur volonté de maîtriser les flux migratoires.
La création de ces camps s’inscrit au cœur d’une politique sécuritaire destinée à convaincre les populations que les Etats contrôlent le déplacement des migrants indésirables sur le sol européen.
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CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE DE NIMES
Un degré supplémentaire dans l’horreur rationaliste
Un nouveau Centre de Rétention Administrative (CRA) vient d’être construit, à quelques kilomètres du centre ville de Nîmes, sur le domaine de l’ancienne base aérienne de Courbessac.
Espace « optimisé », puisqu’il accueillait déjà, depuis 1988, l’Ecole Nationale de Police de Nîmes et qu’il est également prévu d’y implanter prochainement un Centre d’Education Fermé…
1. L’ampleur du sinistre projet :
La surface totale du CRA de Nîmes représentera 5200 m².
Il comprendra un bâtiment d’hébergement d’une capacité d’accueil de 126 lits, un second abritant les bureaux administratifs, et un dernier une cuisine - laverie, apprend-on sur le site de GFC Construction, dont la Direction Régionale Languedoc-Roussillon « (…) a été déclarée adjudicataire en mai 2006 pour la conception - construction ».
Sombre besogne réalisée précédemment lors de la construction du CRA de Marseille, que GFC Construction se félicite d’avoir livré en un temps record :
« Mis en service le 6 juin, soit trois semaines après sa mise à disposition au Secrétariat Général pour l’Administration de la Police (SGAP), cet ensemble de 9 000 m² a été livré en un temps record par la Direction Régionale PACA : moins d’une année, en comprenant les études et l’obtention du permis du construire. »
La livraison de celui de Nîmes est, quant à elle, prévue le 03 Mai 2007, mais elle a quelques semaines de retard... un maigre répit pour les familles étrangères.
Il s’agira d'un des centres le plus important de France avec celui de Toulouse-Cornebarrieu ouvert en juin 2006, en terme de capacité d’accueil.
2. Intervenants / Enjeux financiers pour le secteur privé:
GFC Construction n’est autre qu’une « filiale locale » du groupe Bouygues Construction, dédiée aux marchés du Sud - Est français.
Bouygues Construction elle même "filiale pivot" du groupe Bouygues :
« Aujourd'hui, Bouygues est un groupe industriel diversifié, structuré par une forte culture d'entreprise et dont les métiers s'organisent autour de deux pôles : la Construction avec Bouygues Construction (BTP et Electricité), Bouygues Immobilier et Colas (Routes), et les Télécoms-Médias avec TF1 et Bouygues Telecom.
Implanté dans 80 pays, le groupe Bouygues compte plus de 122 500 collaborateurs et a réalisé, en 2006, un chiffre d'affaires de 26,4 milliards d'euros, dont 7,8 milliards à l'International. »
(Source : Site du groupe Bouygues)
On mesure aisément les enjeux financiers que peuvent représenter ce type de contrat, pour une entreprise telle que celle-ci.
« M. Sarkozy possède un épais carnet d’adresses d’amis influents dans la presse et l’audiovisuel. On y remarque d’abord les familiers, comme M. Martin Bouygues (…) »
Le Secrétariat Général pour l’Administration de la Police (SGAP) est, pour sa part, maître d’ouvrage, comme on l’a vu précédemment… Et dépend du Ministère de l’Intérieur comme on peut l’apprendre sur le site gouvernemental du ministère en question.
(Source : Ministère de l’Intérieur)
Inhumaine et inacceptable, la politique de gestion des flux de l’immigration en France n'en représente pas moins une véritable manne pour certains…
Les objectifs chiffrés du Ministère de l’intérieur, en matière de mesures d’éloignement, pour l’année 2007, sont clairs :
« L'objectif gouvernemental de 28.000 reconduites à la frontière en 2007 (pour un coût unitaire prévu à hauteur de 1.801 euros) et l'augmentation du nombre de places de rétention (ouvertures de CRA induisant de nouvelles dépenses de fonctionnement pour un montant total de 3,4 millions d'euros) expliquent la dynamique des crédits de fonctionnement de l'action n° 3 « Police des étrangers et sûreté des transports internationaux ».
(Source : Sénat / Rapport Général sur le projet de lois de finance pour2007)
Et les moyens que le ministère en question est prêt à y allouer sont à la mesure de ces objectifs :
« (…)la lutte contre l'immigration clandestine mobilise 91,2 millions d'euros, cette dotation incluant les coûts de fonctionnement des centres de rétention administrative (CRA) et des zones d'attente (40,8 millions d'euros), ainsi que les frais d'éloignement des étrangers en situation irrégulière (50,4 millions d'euros). »
« (…) l’ action n° 3 « Police des étrangers et sûreté des transports internationaux », qui n'était dotée d'aucun crédits de paiement pour dépenses d'investissement en 2006, se voit affectée en 2007 une enveloppe de 54,5 millions d'euros. Ces crédits d'investissement couvrent, les coûts de construction de nouveaux CRA (48,5 millions d'euros), avec notamment la livraison en 2007 des CRA de Nîmes, Hendaye et Orly, ainsi que l'extension des CRA de Vincennes 2 et de la Guadeloupe, et les coûts de développement des systèmes d'information destinés à la lutte contre l'immigration illégale et au contrôle des frontières (6 millions d'euros). »
(Source : Sénat / Rapport Général sur le projet de lois de finance pour2007)
Si la politique du gouvernement, en matière de lutte contre l’immigration clandestine, permet à certains grands groupes privés de s’enrichir, il semblerait que, dans le même temps, elle engage des sommes colossales aux frais de l’Etat.
Beaucoup d’argent, de part et d’autre, pour une gestion totalement déshumanisée du problème, de surcroît…
4. « La Honte de la République » :
Ces mots sont employés, à l’accoutumée, pour qualifier le système carcéral de notre beau pays, dont il y aurait tant à dire également…
Pourquoi, dans ce cas, les utiliser ici ?
En premier lieu afin, évidemment, d’établir un parallèle qui ne tarde pas à se révéler flagrant, pour peu que l’on ne détourne pas le regard:
Le mode de fonctionnement du CRA de Nîmes, tel qu’il nous a été décrit, s’apparente effectivement beaucoup à celui en vigueur dans le monde carcéral.
A cette différence près que le CRA de Nîmes, lui, accueillera également de très jeunes enfants.
Etat de fait occulté, renié ou pire encore, ignoré, par notre République.
En second lieu, car il semblerait bel et bien que le futur gouvernement entraînera la République plus loin dans la Honte :
Le but de la construction de telles horreurs à Nîmes, Marseille, Toulouse, Hendaye et Orly serait de procéder à des regroupements par pays d’origine…
Une « gestion ethnique » des flux migratoires, en somme.
Le sentiment de honte est entier, enfin, lorsque l’on se penche sur la dernière réforme des mesures d’éloignement, application de la loi du 24 Juillet 2006.
Celle-ci a instaurée, entres autres, l’Obligation de Quitter le Territoire Français, qui restreint considérablement les possibilités pour les étrangers sans-papiers de faire valoir leurs droits les plus élémentaires :
« La loi du 24 juillet 2006 relative à l'immigration et à l'intégration a opéré une réforme importante des mesures d'éloignement. Un décret devait adapter le code de justice administrative pour l'entrée en vigueur de ce texte. C'est chose faite depuis la parution (JO du 29 décembre) du décret du 23 décembre 2006.
La réforme restreint considérablement les droits des intéressés en ne leur permettant plus de faire un recours au-delà du délai d'un mois à compter de la notification du refus de séjour et de l'OQTF.
Passé ce délai, si l'étranger n'a pas saisi le tribunal, il pourra être éloigné du territoire français à tout moment sans possibilité juridique de s'y opposer.
Le fait d'avoir saisi le tribunal dans le délai d'un mois n'empêche pas non plus le placement de l'étranger en rétention. Toutefois, un juge devra se prononcer avant son éloignement effectif. »
Outre le fait que l’apparition de l’OQTF pousse les sans-papiers à entrer dans la clandestinité, de peur d’être placé en rétention de façon quasi-automatique, cette nouvelle loi provoque un engorgement des tribunaux administratifs.
Le gouvernement envisage, pour remédier à ce problème, de pouvoir rendre les jugements au sein même des centres de rétention.
Lorsque de tels moyens sont mis en œuvre, sur le plan des infrastructures, sur le plan législatif et éxécutif, il est à craindre que la Politique du gouvernement à venir ne fasse un pas de plus vers l’horreur.
Nous nous y opposerons, évidemment, avec la plus forte détermination…